Erreur fréquente : quand « vous en ferez » devient « vous en ferais »

Un courriel envoyé à un recruteur, une réponse sur LinkedIn, un devis rédigé pour un client : la forme « vous en ferez » y côtoie régulièrement sa cousine fautive « vous en ferais ». La confusion entre futur simple et conditionnel présent du verbe « faire » ne relève pas d’une coquille anodine. Elle modifie le sens de la phrase et, dans un contexte professionnel, altère la perception de compétence du rédacteur.

Futur ou conditionnel : pourquoi on confond « vous en ferez » et « vous en feriez »

La source du problème est phonétique avant d’être grammaticale. À l’oral, la différence entre « ferez » et « feriez » tient à un son bref, souvent escamoté en conversation rapide. On glisse alors vers une troisième forme, « ferais », qui correspond à la première personne du conditionnel et n’a rien à voir avec « vous ».

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Techniquement, « vous en ferez » est un futur simple, « vous en feriez » est un conditionnel. « Vous en ferais » n’existe pas : la désinence -ais appartient à « je » ou « tu » au conditionnel, jamais à « vous ». Quand on écrit « vous en ferais », on mélange un sujet pluriel avec une terminaison de première personne du singulier.

L’Académie française, dans le cadre de la 10e édition en cours de son dictionnaire, n’a proposé aucune tolérance concernant les désinences du futur et du conditionnel pour des verbes comme « faire ». La distinction reste normativement stricte, contrairement à d’autres points où la nouvelle orthographe admet des variantes.

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Enseignant expliquant une erreur fréquente de conjugaison du verbe faire au tableau

Crédibilité professionnelle : l’impact concret d’une terminaison mal choisie

Imaginons un message envoyé à un prospect : « Si vous nous confiez le projet, vous en ferais une priorité. » Le destinataire bute sur la phrase. Le verbe ne s’accorde pas avec le sujet, et le sens vacille : qui parle, « je » ou « vous » ?

Dans un CV ou une lettre de motivation, ce type d’erreur agit comme un marqueur de négligence perçue. Le recruteur ne corrige pas mentalement, il classe. Un responsable RH qui lit vingt candidatures par jour repère ces incohérences en quelques secondes. La faute ne porte pas sur un mot rare ou une règle obscure, elle touche un verbe du troisième groupe appris au collège.

Sur les réseaux professionnels, le phénomène prend une autre dimension. Un commentaire public contenant « vous en ferais » reste visible par des centaines de contacts. On ne parle pas ici d’un texto informel entre amis, mais d’un espace où la langue écrite sert de vitrine.

Trois situations où la faute coûte cher

  • Un devis commercial adressé à un client qui hésite entre deux prestataires : la rigueur de la rédaction pèse dans la balance, surtout pour des métiers de conseil ou de communication
  • Un courriel interne dans une grande structure, transféré à la direction : la faute n’est plus contextuelle, elle circule hors de son cadre initial et devient un reflet de votre image
  • Un profil LinkedIn avec une accroche contenant « vous en ferais partie » au lieu de « vous en ferez partie » : la phrase d’introduction est le premier élément lu par un visiteur

Conjugaison du verbe faire : méthode rapide pour ne plus hésiter

On peut retenir un test simple. Remplacez « vous » par « tu » dans votre phrase. Si la forme qui vient naturellement est « tu en feras », vous êtes au futur : écrivez « vous en ferez ». Si c’est « tu en ferais », vous êtes au conditionnel : écrivez « vous en feriez ».

Le futur simple de « faire » avec « vous » se termine toujours par -ez : vous ferez, vous referez, vous déferez. Le conditionnel présent se termine par -iez : vous feriez, vous referiez. La forme en -ais (ferais) n’apparaît qu’avec « je » ou « tu ».

Autre repère contextuel : le futur répond à « quand ? » (demain, la semaine prochaine), le conditionnel répond à « si » (si c’était possible, si vous aviez le temps). Quand la phrase contient une condition explicite, on bascule vers « feriez ». Quand elle exprime une certitude ou un engagement, on reste sur « ferez ».

Tableau récapitulatif des formes correctes

Sujet Futur simple Conditionnel présent
je je ferai je ferais
tu tu feras tu ferais
il/elle il fera il ferait
nous nous ferons nous ferions
vous vous ferez vous feriez
ils/elles ils feront ils feraient

La ligne qui pose problème est bien celle de « vous ». En la comparant aux autres personnes, on voit que la terminaison -ais n’apparaît jamais en face de « vous ».

Jeune femme consultant un manuel de grammaire française dans un café pour corriger une erreur de conjugaison

Erreur de conjugaison dans les écrits scolaires : un poids renforcé depuis 2018

La confusion « vous en ferez / vous en ferais » ne se cantonne pas au monde du travail. Depuis la réforme du brevet 2018, l’orthographe, la grammaire et la syntaxe sont prises en compte dans toutes les matières, pas seulement en français. Un élève qui écrit « vous en ferais » dans une copie d’histoire ou de sciences perd des points, quel que soit le sujet traité.

Dans plusieurs systèmes éducatifs francophones, notamment en Suisse romande, la maîtrise de la conjugaison et des temps verbaux figure explicitement parmi les compétences évaluées. La distinction futur/conditionnel fait partie du socle attendu.

Pour les parents qui relisent les devoirs de leurs enfants, vérifier la cohérence entre le sujet et la terminaison verbale reste le réflexe le plus rentable. La majorité des erreurs de ce type disparaissent avec une relecture ciblée sur les verbes conjugués.

Outils de correction et limites des correcteurs automatiques

Les correcteurs intégrés aux messageries et aux traitements de texte détectent généralement « vous en ferais » comme une erreur d’accord. Les retours varient sur ce point selon les outils : certains corrigent automatiquement vers « ferez », d’autres vers « feriez », sans tenir compte du contexte de la phrase.

Le piège est de s’en remettre entièrement à l’outil. Un correcteur ne sait pas si vous exprimez une certitude ou une hypothèse. Seul le rédacteur connaît l’intention de sa phrase : futur (engagement) ou conditionnel (éventualité). Passer trente secondes à identifier le temps voulu avant de valider la suggestion reste plus fiable que n’importe quel algorithme.

La prochaine fois que vous hésitez entre « ferez » et « feriez » dans un courriel, appliquez le test de substitution par « tu ». Et si la forme « ferais » apparaît dans votre texte à côté de « vous », supprimez-la : elle n’a pas sa place là.

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